vendredi 4 février 2011

Maria Schneider


Je viens d'apprendre grace a mon telescripteur perso, que l'actrice a la voix rauque et melancolique venait de passer l'arme a gauche ce vendredi, d'un cancer, a l'age de 58 ans et devrait etre inhumee prochainement au Pere Lachaise.

Son deces me ramene a des souvenirs plus ou moins lointains :
 Arrivant a Paris il y a quelques annees, et nouant de nouvelles connaissances plus agées, je me suis retrouvé etre le rare de cette petite bande a ne pas pouvoir mettre de visage sur ce patronyme, meme si j'avais forcement deja vu Le dernier tango a Paris.
Ces crapules m'ont initie manu militari et j'ai decouvert une actrice a fleur de peau, dont j'avais le sentiment qu'elle melait sa vie et son jeu, que sa sombre grace la rendait fragile a chaque instant.

HA OUAIS QUAND MEME !

A l'epoque, on pouvait clairement faire une distinction entre ceux qui aimaient ce genre de personnages, et donc un pan de cinema et les autres, moins sensibles mais plus nombreux, qui rejetaient toutes formes de psychologie animale. Curieux par nature, je me suis delecte devant la vision de moult petits chefs d'oeuvres rares, et j'ai vite compris pourquoi ces films interessaient particulierement mon entourage : ils refletaient leur vie, plus ou moins barrée et intense, alors que j'avais une approche d'identification beaucoup plus en retrait. Bref, chez eux, on etait dans le concret, surtout que la plupart la connaissait.

Rassurez-vous je ne m'etendrais pas plus ici, mais cet intermede nostalgique m'a poussé a pianoter ce billet.

Alors Maria Schneider c'est qui, c'est quoi?

Fille de Daniel Gelin (qui ne l'a jamais reconnue) et d'un mannequin roumain dont elle a herite du nom. Née en 1952, elle quitte le foyer familial a 15 ans, vit de petits boulots, rencontre Bardot qui la prend sous son aile, rencontre Delon qui lui met le pied a l'etrier et participe au dejanté What a flash,
 sorte de "cinema réalite" axé cul ou JeanMichel Barjol, filme une floppee d'acteurs et d'artistes plus ou moins celebres enfermes ds un studio pendant 3 jours et 3 nuits. (Jean-Pierre Coffe y est infernal mais le film est purement inmatable)


Elle fut revelee au grand public par son role d'amante de Marlon Brando (et de Jean-Pierre Leaud mais beaucoup moins), dans Le dernier tango a Paris (1972), flamboyant film de Bertolucci, veritable scandale pour mamies a l'epoque, particulierement sur la Croisette, et devenu culte depuis,
notamment grace a la celebre scene du "beurre en guise de vaseline".

DES HURLEMENTS SOUS LE PONT DE BIR-HAKEIM

Cette scene non prevue mais fomentee par Bertolucci, mettra Maria au pied du mur :
Acte non simulé dont elle se sentira a jamais salie, la decrivant comme un veritable viol, ce que reconnaitra le realisateur en lui demandant pardon a titre posthume.
Au dela de la sodom' sur le plancher, le film est peut etre magnifiquement réalisé,  mais il n'en demeure pas moins fortement narcissique, et tres surfait aux dires de ses detracteurs.
La rumeur voudrait que ce soit Brando, (magnifique 2 heures durant, pour le role de l'americain en pleine decheance) qui ait aidé a la réalisation.


Epuisée mentalement par ce tournage et apres quelques difficultes psychiatriques elle part a Rome pour jouer dans un film de Rene Clement, La baby-sitter, puis à Barcelone en 1975 pour rencontrer Antonioni qui lui propose de jouer dans Profession : reporter avec Jack Nicholson, oeuvre sur l'errance et la solitude.(Antonioni quoi...)

Jetee a corps perdue dans une radicalite "underground et revoltee", elle sera le symbole, a partir du milieu des annees 70, du sex appeal d'une jeunesse hors-limite : drogues multiples et variees, engagements militants revolutionnaires.

Elle tournera durant ses années de deglingue pour Schmid (avec Depardieu), Garrel (dont elle ne se souvient plus du tournage) et Shroeter , mais surtout pour Duval (avec Miou-miou) pour La derobade, film sur la perte de controle.


Apres un passage chez Rivette ou elle sera la partenaire de Joe d'Alessandro, (le mec qui faisait le plus bander Wahrol) dans Merry-go-round, elle fera quelques apparitions chez Comencini, Collard, Nicloux et Blier (qui lui fera jouer son propre role dans Les acteurs (ou elle se raconte face camera.)

Je ne concluerais pas en la placant parmi les icones feministes rassurez-vous, d'ailleurs je sens qu'apres ce name-dropping, je ne vais meme pas conclure du tout. Bien a vous...

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