vendredi 4 février 2011

Carte des sons de Tokyo


       Bon, il est 19 heures, et là, il faut vraiment que j'aille recuperer mon satane velo laisse attache parmi les siens a la Bastille.
Il ne meule pas autant que les derniers jours et je peux donc me permettre un petit detour vers le Latina dans le Marais, m'installer confortablement pour prendre la Carte des sons de Tokyo, gourmand que je suis.
J'ai entendu les pires commentaires sur ce film d'Isabel Coixet, dont je n'avais rien vu, et l'envie me prend de verifier tout ca.



DOIT-ON MANGER DES SUSHIS CHAUDS SUR LE NOMBRIL D'UNE FEMME NUE?

Monsieur Nagara (Takero Nakahara), a la tete d'une grande entreprise nipponne, apprend que sa fille est decedee, et implique David (Sergi Lopez), son amant, commercant en vin d'origine espagnole, comme etant le responsable de son suicide.
Il decide de le supprimer et engage en CDD via son bras droit, Ishida (Hideo Sakaki), une tueuse a gage assez mutique, Ryu (Rinko Kikuchi) sur le grand marché aux poissons de Tokyo.
Celle-ci accepte le job mais quand elle se retrouve nez à nez avec David, elle devient rapidement fascinée, et plutot  que de le cramer, elle decide de coucher avec lui dans un love hotel (Le Bastille,  dont la chambre est censée etre decoree comme une rame de metro parisien.(je n'invente rien, mesdames et messieurs!))
La ca commence a sentir bon le fantasme tokyoite.

L'histoire est narree en voix off, par un vieil homme (MinTanaka), ingenieur du son,  qui a eu en meme temps que David une liaison (platonique, pas de bol), avec Ryu, et qui passe le plus clair de son temps a enregistrer des sons et surtout a epier les deux tourtereaux, ce qui en fait le narrateur ideal, vous en conviendrez.

David a du mal a oublier son amante qui s'est taillee les veines et avoue a Ryu qu'elle fait office de projection, notamment toutes les fois ou ils couchent ensemble au Love Hotel : "avec elle on faisait-ci, avec elle je me mettais comme ca."
Elle se livre assez peu, et on n'en decouvre pas grand chose, meme le vieil amateur de sons aura du mal a bien la cerner.

Le film est interessant d'ailleurs dans l'ambiguite de leur relation. Amoureuse, elle accepte sans broncher le fait de n'etre qu'un corps qui camoufle ses sentiments, pour vivre une passion physique, esperant surement que David oubliera ses fantomes, pour demeurer  present avec elle.
Le pire c'est qu'elle aura raison trop tard (comme souvent)



La realisation se veut contemplative mais sans exces de mollesse. Elle essaie de dissequer et d'analyser les rapports etranges des personnages entre eux, et l'ambiance un peu morne et froide, où chacun vit dans sa solitude, est renforcee par une maniere de filmer paradoxalement lente mais saccadée:
metaphore des etres qui peuplent la cite, manquant cruellement de vie relationnelle, mais bouillonnant interieurement.
 D'ailleurs, quand le crieur public (a la sauce londonienne), ordonne aux flash-mobers presents de s'embrasser ou de s'insulter 10 secondes, ils retrouvent leur vie normale en un claquement de doigts, comme si la place des sentiments etaient reduite a un lieu et a un laps de temps precis.

Cet intermede indiquera a deux reprises, en allegorie, la situation emotionnelle dans laquelle se trouve Ryu : de l'amour vers la colere.
Petit subterfuge plus efficace que subtil.



JE SAIS QUE TU AIMES LE VIN

Le film est realise quasiment a la maniere d'une enquete, renforcant l'impression que la camera espionne l'action. Alternance de plans fixes et de plans improbables (soit trop cadres a gauche soit a droite), avec des scenes completes ou la camera bouge sans cesse : un poil agacant, deja que le scenario n'est pas tres lineaire.
J'exagere a peine, les decadrages desservent franchement le rythme du film.


La ou par contre il devient plus prenant, c'est dans le choix des lieux ou Isabel Coixet pose sa camera (quand a elle reussi a trouver son tripod, niark).
Le Tokyo presente n'est ni une carte postale, ni un leu anodin, au contraire meme, la ville fait partie integrante du film, et les rues ou deambulent les protagonistes sonnent juste en regard a ce qu'ils sont.
On a pu eviter Shibuya mais pas les karaokes, ni les vues aeriennes.
 Passages obligés sur les grandes arteres illuminees et les echangeurs (porte de Bagnolet style), mais pas de sempiternelle ceremonie du thé.
Le cimetiere mais pas le temple...
Nous ne sommes pas embarques dans un voyage en touriste, et pour faire court, la megalopole n'est pas sur-fantasmee, elle est juste le lieu du quotidien.

Quotidien a mon sens trop systematiquement frisquet.
 les scenes d'etreintes manquent un peu de presence physique, alors qu'elles auraient pu servir de contrepoint face a la realite.
 La cerebralité nipponne dans les jeux corporels n'empechent pas un attachement aux personnages.(Je ne parle pas de bondage bande de pervers)


Il commence a se faire tard la, et puisque vous m'y faites penser, je vais serieusement etudier la question hentaï, en rentrant.
Vous m'aurez tout fait...

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