mercredi 9 février 2011

Carancho


Je n'ai jamais vu autant de monde roder autour des cinemas de Montparnasse un mardi soir, et pourtant aucune festivite n'avait ete programmee dans le quartier ; atmosphere doucereuse, les gens sont beaux : avis aux dragueurs(es) !

 Betement, je ne profite pas de cette ouate generalisee, mais me faufile pour aller voir un film argentain de Pablo Trapero, sombre et rempli de carcasses de voitures en tous genres (avec en guest des Renaults des annees 80), comme quoi je cherche vraiment la deprime ce soir...

J'AI FAIT DES ETUDES DE SECOURISME

     De deprime, ce film en est fortement question.
Sosa (Ricardo Darin) est un avocat plus ou moins dechu, specialisé dans le detournement des assurances dues aux accidentés de la route. Il se deplace d'hopitals en lieux de boucheries, pour proposer aux victimes de les aider a toucher leurs prime d'assurances tout en en detournant une part pour sa societe. il est le Caracho, le rapace comme les nomment les argentins, symbole d'une certaine forme de corruption dans le pays.
Un soir, lors de ses peregrinations, il rencontre Lunjan (Martina Gusman), une medecin urgentiste, un peu ange perdu toujours sur la breche, trop pro pour etre parfaitement equilibree et la drague maladroitement (un peu comme vous, a Montparnasse ce soir...)

      Le film relate donc une histoire de rencontre fortuite, d'accident finalement, entre deux etres mal dans leur peau, se cherchant, dans un Buenos Aires banlieusard, a la beaute plus que defraichie, un environnement hautement incertain renforcant l'etat d'esprit des protagonistes, mais aussi de la population.

      L'univers dans lequel ils evoluent est effectivement tres sombre, repetitif dans le glauque, sans aucun espoir et pour tenir le coup, il faut soit magouiller comme Sosa soit prendre regulierement des drogues, anesthesiant toute sensibilite, comme Lunjan qui se shoote a la novocaine entre des orteils fatigués.
Leur entourage, des demis mafiosi, des familles de victimes, des collegues hasardeux, des superieurs abusant de leur situation, ne risque pas de les sortir de leur torpeur.
Le romantisme de la relation qu'ils ont peine a nouer est d'autant plus intense et emouvante qu'elle est fragile tant les circonstances exterieures pesent sur eux. (meme leurs penibles horaires de boulot sont de la partie, ca commence a faire beaucoup)


Le realisateur a donc bien decide de nous plonger au coeur d'un monde clos, sans ame mais avec haine et violence, d'où on ne peut sortir.
Les corps sont filmes de tres pres, un peu comme si la vies des personnages etait inscrite sur leur visage harasses.
 les scenes d'accidents, tres violentes et tres courtes, vues quelques fois au niveau de l'impact, pourraient meme symboliser les tourments que vivent les deux heros qui ne savent pas comment faire pour s'echapper et du coup se cognent a leux propres murs mentaux.
D'ailleurs, la scene de la baston entre hospitalisés a la clinique, resume tres bien l'apreté des rapports humains dans le film : l'ennemi, c'est l'autre (les flics inclus)

ATTENDS, JE VAIS TE RECOUDRE

Meme le coup de pouce que Sosa donne a un de ses amis en lui fracturant une jambe avant de faire semblant de se faire renverser par une voiture (pour qu'il touche la prime d'assurance) se revele etre un fiasco ; ce dernier succombant sous le choc se retrouvera directement au cimetiere.
Quoi qu'on entreprenne, les actes sont voués a l'echec.

Le soleil apparait fort peu dans ce film, qui lui prefere une lumiere tres ponctuelle, voire aux neons, meme les acteurs cherchent l'eclairage dans le no man's land du decor. Des lieux on ne verra que les details mais jamais son ensemble, tout comme les visages couverts de sangs, que la camera fixe au plus pres.
Le jeu tres physique et prenant des protagonistes (Ricardo darin et Martina gusman vraiment justes, puisants et finement expressifs) renforce une fois de plus l'idee de voir des prisonniers (physiquement et mentalement), se debattre dans un monde qu'ils doivent absolument quitter pour esperer revivre.

J'espere qu'il n'est pas la peine que je vous dise que l'amour est plus fort que tout, vous ne me croiriez pas, et d'ailleurs je vais m'autocensurer pour ne pas repondre a cette question qui sous-tend Carancho en filigrane, la mort de l'egerie de Russ Meyer me permettant de faire un aparté.


En effet, mon telescripteur a encore gresillé me revelant la disparition de Tura Satana, la plantureuse actrice a la poitrine hymalayenne, d'entre autre Faster pussycat, kill! kill!, qui a sans aucun doute du faire exploser beaucoup de boutons (et pas que d'acnee), chez les ados des années 60.


Encore une actrice qui a amene sa vie personnelle dans son travail, et croyez moi il y avait du cuir...

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