Il faisait froid aujourd'hui dans la capitale, les rues etaient lumineuses, et Paris sentait a nouveau Paris.
Ayant pris mon courage a deux pieds, je deambulais à velo dans le but de voir enfin Je suis un no man's land, le film de Thierry Jousse, ancien redac-chef des Cahiers.
Mon guidon me dirigea vers la Bastille, les muscles contractés par le froid, et rapidement je me suis dirigé vers le bar le plus proche, histoire de me cafeiner legerement : voir un film avec le lunaire Katerine, qui joue presque son propre role, demande un minimum de mise en condition.
JE SUIS COMPLETEMENT PERDU EN FAIT !
J'avais adoré Nom de code : Sacha, court-metrage du meme Thierry Jousse, qui mettait pour la premiere fois en scene le chanteur, en 2001 si mes souvenirs sont bons, et a vrai dire je m'attendais a une ambiance et un rythme similaire, connaissant un peu la complicité des deux comperes.
Le film demarre sur des plans de Philippe (katerine donc), dans les coulisses et sur une scene de salle concert, le corps peinturluré comme il se doit. Retour loge. une fan obsessionnelle a la sexualité agressive (J.Chemla) l'attend et le ramene chez elle. C'est le point de depart de la virée de Philippe dans la region de son enfance dans laquelle il restera bloqué tout le long du film par "une sorte de malediction.. bizarre non?".
Ayant reussi a fuir son hote en courant a travers champs, il arrive dans la nuit sans s'en rendre compte dans la maison ou l'attendent incomprehensiblement ses parents (A.Clement et J.Berroyer), non sans avoir au prealable croisé un "cheval irrascible" et une ornithologue noctamble (Julie Depardieu)
Le film se poursuit par les retrouvailles entre Philippe et son ancien cadre de vie, serpentant entre la maladie de sa mere, la rancoeur d'un ami d'enfance et un flirt forestier.
UN DROLE D'EFFET, UN DROLE D'EFFET, UN DROLE D'EFFET !!!!
On est prevenu des le debut, par cette sentence ; A chaque fois que Philippe voudra fuir le village, il sera irremediablement ramené a son point de depart, c'est a dire en face du bistrot central.
Dans l'impossibilté de reprendre le cours de sa tournée (de concerts hein?), il devra reapprendre a vivre dans cet univers dont il connait mal le present.
On a coutune de dire de Katerine qu'il est en perpetuel décalage, gentiment barré, bouffonant derriere son micro ou son personnage, mais il est plus vrai de penser que sa vision de la vie toute en poesie pop est d'avantage proche de la connaissance de la fragilite de l'existence.
Tout est question de point de vue, et le sien se positionne avec elegance.
Ce caractere est bien sur ce que Thierry Jousse a cherche a filmer, laissant son personnage principal evoluer, completement perdu physiquement et mentalement, dans une campagne circonscrite et presque vide.
Il vit des choses que personne ne saisit reellement, et le titre du film resume bien cet etat d'incomprehension generale.
UN ROAD MOVIE STATIQUE
Tout semble irreel dans ce film : les relations entre les personnages, les sentiments qui les lient, la venue de Philippe (via chloe) et donc du coup son depart (via Sylvie), le tout etant intimement mele a la chanson, ce qui semble etre son moyen de communication sous-jacent.
Il refuse de jouer de la guitre a la premiere tandis qu'il chante un duo avec la seconde.la chanson du magnetophone dans sa chambre le ramene au souvenir de l'adolescence avec ses parents, et l'evocation de son premier groupe est le lien moteur avec son ami d'enfance retrouvé
Je suis un no man's land fait honneur au fantastique rural, genre dont J.F. Stevenin est l'heureux initiateur, (voir le magnifique Passe-montagne), malgre un rythme un peu inegal mais soutenu par un gros travail sur le son, et par un judicieuse composition des acteurs.
D'ailleurs Katerine semble devenir peu a peu le double cinematographique du realisateur qui sait exactement comment filmer son corps, les expressions a contre temps de son visage et son inimitable timbre de voix.
On peut evoquer egalement Cassavettes et Rozier comme inspiration pour ce film mais a la difference de ses predecesseurs, Jousse ne semble pas porté vers l'improvisation des acteurs ni vers les hasards des evenements, ce qui n'est peut etre pas plus mal, le film ayant besoin d'une certaine cohesion.
La douce melancolie que suscite le film ne provoque evidemment pas une surchauffe corporelle et vous l'aurez compris, j'ai laisse le velo en plan, pour rentrer honteusement en metro ultrabondé.
